15
sept
2016
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Prochain spectacle de la troupe ON S’BOUGE

Voici le programme du prochain spectacle de notre troupe de Théâtre « ON S’BOUGE ! » le 1er Octobre 2016 à Fréjouls (près de Lauzerte dans le Tarn et Garonne, 82).
Il s’agit d’évoquer les problèmes actuels dont souffrent la terre et ceux qui l’habitent : Tri des déchets, pollution de l’eau, actions à notre portée pour que cela change (la part du colibri).
Ces scénettes seront suivies d’un théâtre forum : le public peut monter sur scène pour remplacer l’oppresseur ou l’opprimé et donner ses arguments.
Ce spectacle sera présenté dans plusieurs villes (dates données le moment venu) de Haute Garonne ou d’ailleurs. D’autres programmes existent également et peuvent être joués sur demande. Exemples : Les migrants sont nos frères, Touche pas à ma terre. A vous de choisir et de nous contacter.

Demain, entre nos mains 1 10 2016

04
avr
2016
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Bayonne belle et martyre

Voici un nouveau texte sur Bayonne, datant de 1930.

Bayonne, tu ne peux savoir quels souvenirs de vie et de lumière elle a déposés dans mon imagination: son nom seul est toute grâce et clarté.

Je me rappelle aux couchers des soleils de l’été, son port où les bateaux, pris dans une coulée d’or et caressés d’une buée d’ambre rose, évoquaient une marine de Claude Gelée.. A milieu de cette magnificence passaient, d’une rive à l’autre, des couralins, derniers restes d’une ancienne batellerie locale.. Où sont galupes et tillioles d’antan? Des gabarres remontaient le fleuve, leur voile gonflée par le vent de mer; debout, à la poupe, les mariniers basques ou landais répétaient les gestes des gondoliers vénitiens.. Aussi bien dans ce pays humide, au fond de ce golfe,, sous un ciel lumineux, ce sont très souvent sur terre, sur l’eau, le fondu des nuances et les prestigieuses colorations de Venise. Je sais, tel écrivain,amant de la ville lagunaire, auquel les maisons du quai de l’Entrepôt ont rappelé le Grand Canal (H. De Régnier)…Les jours de pluie même m’ont laissé des images charmantes.
J’aimais la masse des mouettes, chassées du large et de la côte par le gros temps, qui venaient frôler les parapets des ponts, de leur vol tournoyant et criard. Et durant les embellies, je les contemplais, posées sur le fil de l’eau, pareilles à des nymphes flottantes.

J’aimais à croiser , réfugiées sous les arceaux de la rue Port Neuf, les midinettes de Bayonne, les plus mutines et coquettes sans doute qui soient en France, auxquelles, pour l’ardeur du vend du Sud qu’elles ont dans les veines, je dois mes premiers troubles d’adolescent.

Je prenais aussi plaisir à voir, sur la place Notre Dame, blotties aux voussures du portail, sous le porche de la cathédrale, ou bien aux lobes des vitraux, les pigeons, et dans ce lieu élevé, silencieux, j’écoutais, venant du lointain, le grondement de la mer démontée.

Sud- Ouest. Hossegor Chabas 1930. Page 84 à 85.

Ecrit par gaby dans : Pays Basque |
05
mar
2016
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BAYONNE ET LA BAIONNETTE

Cette arme porte d’abord le nom de couteau bayonnais, ainsi qu’on pourra s’en assurer par la citation que nous allons en faire. Ce fut au début une dague à lame large et aigüe, avec une poignée conique pouvant entrer dans le canon de l’arquebuse ou du mousquet, aussitôt qu’on avait fait feu.. Ce couteau bayonnais était plus ou moins luxueux et même quelques-uns richement démasquinés et portés dans une petite gaine en cuir historié, accrochée à la ceinture.

Voici quelques preuves de la vogue du couteau bayonnais pendant le XVIIème siècle.
1565″Nul ne peult garnir aulcuns poignards de Bayonne, dagues vieilles ou neuves (statuts des couteliers, arch Y,12 Reg de Taunière. »Tome VII F° 11 v°)
1577  » A Arnaud du Vergier, bourgeois et marchand de la Rochelle 8 livres pour deux dagues de Bayonne, livrées à la Royne. » ( compte de la Cour de Navarre. Tome 11 Page 417,

En 1591, on trouve dans l’inventaire de Guillaume de Montmorency « deux poignards de Bayonne garnis chacun d’argent doré. »

Bientôt ce poignard bayonnais allait devenir la baïonnette et les troupes royales allaient en être armées. En 1655, Boral, dans ses trésors des recherches et antiquités gauloises dit: » A présent, on fait à Bayonne de meilleures dagues qu’on appelle des bayonnettes, ou des Bayonnes tout simplement. » Enfin en 1678 Gay, dans son traité des armes décrit ainsi l’ancien couteau bayonnais: » La baïonnette est à peu près de la longueur d’un poignard. Elle n’a ni garde ni poignée, mais seulement un manche de bois de la longueur de 8 à 9 pouces; la lame est pointue et taillante, longue d’un pied et large d’un bon pouce. »
Enfin, en 1690, Furetière la décrit ainsi : « Bayonnette: dague, couteau pointu qui n’a que deux petits boutons par garde, et qui est venu originairement de Bayonne. »

Le régiment Royal Artillerie, sous Louis XIV, fut le premier qui fut armé de bayonnettes à douilles. » Lorsqu’on arrêta Ravaillac, l’assassin de Henri IV, on trouve sur lui une collection de poignards, et parmi ces instruments de mort, un couteau bayonnais richement orné.

E. Ducéré. Dictionnaire historique de Bayonne. 1911 Tome I page 255-256

ps. Ce texte a été retrouvé dans la bibliothèque de la même dame, Madame Chanchus, maintenant décédée et qui, à elle seule, était une bibliothèque vivante…

Ecrit par gaby dans : Pays Basque | Tags :
26
fév
2016
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En promenade avec Rostand

Je continue à vous envoyer des vieux textes sur le Pays Basque. Celui-ci est de Paul Faure et date de 1928.

Rostand, dans cette période de résurrection qu’est la convalescence, était d’une humeur juvénile. Et quel heureux décor que ce Cambo, avec ses maisons qui ont l’air de flâner, ses passants qui ne se hâtent jamais!

Il est onze heures. Rostand apparaît sur le perron d’Etchegorria. Il jaillit de la porte. Son pas est léger, rapide, mais souvent fauché par une voix brusque partie du perron.

-Monsieur, monsieur!

C’est le valet de chambre qui vient de s’apercevoir que son maître a oublié quelque chose: ou son monocle ou son portefeuille ou sa montre. Il est la distraction même. Et cela vient de ce qu’il travaille constamment. Rostand n’est pas de ceux qui se mettent à la besogne à heure fixe, s’installent à leur table, prennent un manuscrit comme un bureaucratique sa paperasse et, quand ils l’ont quitté, n’y pensent plus. Il travaille à peu près n’importe où, n’importe quand. Aussi n’existe-t-il pas de manuscrits de lui, j’entends par là de vrais manuscrits, ficelés, cousus, reliés. Rostand a toujours tout écrit, théâtre ou poèmes, sur de petits carnets, ou même sur de simples bouts de papier. L’écriture est extrêmement menue, presque illisible, le plus souvent au crayon et coupée d’arabesques et de dessins.

Douce lenteur de ces promenades avec Rostand!..De dos et d’un peu loin, nous devions avoir l’air de ces convalescents comme il y en a tant ici, qui marchent à si petits pas qu’ils semblent près de s’arrêter. Ce n’est pas à Paris, dans l’agitation des rues, que l’on peut causer, mais ici! ce néant d’activité, cette atmosphère de cloître! Quel endroit pour parler sans hâte! On y est plus à l’aise que dans la chambre la plus sourde.

Toujours les mêmes gens que nous rencontrons: des malades, le facteur, l’aumônier du couvent, les douaniers, un vieil Anglais qui va et vient, coiffé d’un casque colonial, sur un fantastique tricycle dont la ferraille est, à elle seule, plus bruyante que tous les bruits de Cambo. Tous sont déférents avec Rostand. Les malades s’inclinent, l’aumônier qui est octogénaire et dont la vue n’est pas fameuse a, le pauvre homme,un geste affolé pour enlever son chapeau quand il n’a pas reconnu Rostand tout de suite. Le facteur, bien que toujours ivre,arrive, par un effort considérable à dire, d’une voix à peu près d’aplomb, un : « Salut, monsieur Rostand! »; Les douaniers se mettent au port d’arme; et l’Anglais tout tremblant de lâcher son guidon, ôte son casque autour duquel s’enroule un linge blanc.

Paul Faure : « Vingt ans d’intimité avec Edmond Rostand. »
Librairie Plon 1928- pp. 33 à 35.

ps. Chacun sait que l’écrivain E.Rostand avait une villa à Cambo, actuellement transformée en musée qui attire bien des touristes.

Ecrit par gaby dans : Pays Basque | Tags :
19
fév
2016
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Textes anciens sur le Pays Basque

Les Africains disent ceci:  » Quand une personne âgée meurt, c’est souvent une bibliothèque qui disparaît. ».
Ma voisine a perdu sa mère âgée de 104 ans. Cette dame que j’ai bien connue m’avait toujours époustouflée par l’étendue de sa culture. Oui! c’ était une vraie bibliothèque. Plusieurs mois après son décès, ses enfants n’ont pas encore terminé de découvrir les secrets de tous les livres et documents qu’elle conservait en rangées serrées sur les étagères en bois de son grenier…Cette voisine m’a fait de beaux cadeaux! J’ai pu hériter de plusieurs livres dont la lecture m’a passionnée. Elle m’a également transmis une série de textes tapés avec une vieille machine à écrire et dont les auteurs parlent du Pays Basque.. Je voudrais vous en transmettre quelques-uns.
Aujourd’hui, je vous présente un récit de Madame Charles d’Abbadie d’Arrast, extrait du livre « Causeries sur le Pays Basque » (Paris, J Lamarre et Cie- 1909-pp34 à 37-passim.

Un enterrement au Pays Basque.

« Aussitôt qu’un décès est certain, le premier voisin descend au village; il avertit le sonneur de cloche,, il commande l’enterrement et va chercher à l’église la grande croix de bois noir qu’il rapporte sur son épaule, pieusement jusqu’à la maison mortuaire. A mesure qu’il gravit la montagne, le glas funèbre remplit la vallée et les hauteurs, de ses sonneries lentes et lugubres. Le voisin dépose lui-même la croix à la tête du lit et se retire pour faire place à une femme dont l’office consiste à habiller les morts de son quartier.

…En général, au bout de 24 heures, l’enterrement a lieu, le cortège se forme pour descendre à l’église. En tête marche le premier voisin chargé de la croix de bois. Douze hommes, voisins aussi du mort le suivent. Chacun d’eux tient à la main un cierge allumé; après vient le cercueil que huit porteurs qui se relaient chargent sur leurs épaules. Immédiatement après le cercueil, prennent place le clergé et le chantre. Tourt le long du chemin, les psalmodies de l’office des morts se mêlent au carillon des cloches dont le son, répété par les échos, monte de la vallée. Les proches parents s’avancent ensuite. Les hommes ont revêtu de longs manteaux à grands collets de velours. Les femmes se sont enveloppées dans leur « mantaletas » dont les capuchons rabattus sur les visages se terminent par des voiles noirs. On arrive à l’église. Les femmes prennent place en bas sur les dalles usées; les hommes montent sur les galeries de bois, galeries qui s’étagent jusqu’à la voûte sombre. La cérémonie a lieu au milieu d’un profond recueillement. Le cimetière entoure l’église;une fosse vient d’y être creusée. C’est là qu’on porte le cercueil; mais aucun des amis ni des membres de la famille n’assiste à cet angoissant épilogue de toute destinée humaine. Ce n’est que lorsque tout est terminé que les assistants entourent la famille et se rendent sur la tombe qu’on vient de fermer.

M. Henri O’Shéa, dans le volume qu’il a consacré à l’histoire de la Tombe Basque (Pau; veuve Lescudé, 1989) raconte qu’autrefois dans le Pays Basque, les parents et les voisins du mort poussaient des cris d’alarme et parcouraient les rues pour rassembler du monde. Ceci avait probablement pour objet soit de venger le mort s’il y avait eu violence, soit à l’origine de le défendre contre la malignité du mauvais oeil, et non moins de venir en aide à son âme en faisant dire le plus de prières. On avait des pleureuses qui poussaient de grands cris de détresse et déchiraient leur voile. Dans quelques endroits, d’après M. O’Shea, les mies intimes de la veuve, dès que son mari était enterré, la frappaient violemment dans le dos et sur les épaules en lui criant d’une voix frénétique: « Sois perdue…tu as tout perdu! ». Pendant les enterrements, les femmes interpellaient le mort, le plaignaient, se plaignaient elles-mêmes. « Est-ce bien à toi de t’en aller, de nous quitter ainsi?Lâche qui t’enfuit, qui nous abandonne. Que deviendr(a ta pauvre mère, ta Magnino? La vieille femme sans toi que deviendra-t-elle? » ou encore:  » donne ce baiser à grand-père. Dis à ma tante qu’elle prie pour moi, qu’elle prie pour que petit Pierre guérisse. Dis à Saint Martin que la pauvre vache est morte et qu’il demande à Notre Dame de nous en envoyer une autre plus jeune et moins lourde que celle-là- Ah! pauvre! que tu auras froid! Ah! pauvre que tu auras soif! Ah! pauvre que tu auras faim! »

Après la cérémonie religieuse et l’ensevelissement, la famille et les amis rentrent dans la maison mortuaire; un repas copieux les y attend.
Dans les temps antiques, ce repas avait lieu peut-être, soit dans les églises elles-mêmes, auprès du tombeau, soit dans les cimetières. On paraît y avoir sacrifié des animaux et, en 1766, d’après le Père Larramendi, il était encore usage, dans le Guipuzcoa, en Espagne, d’amenre à la porte de l’église, vers la fin d’un enterrement, soit un boeuf, soit un veau qu’on conduisait à l’abattoir après en avoir donné la valeur aux prêtres officiants.

A la maison, le repas se prolonge. Plus il est abondant, plus la mémoire du mort s’en trouve honorée.

A la fin du repas, avant de quitter la table, il est d’usage que l’homme le plus considéré de l’assistance se lève et dise le « De Profundis ». Les convives debout et le béret à la ma&in, le répète avec lui.. C’est l’acte qui clôt les funérailles après lequel on se sépare et on retourne à ses travaux.

A l’église, pendant une année entière on allume, à la mémoire du défunt, à lamesse du matin, ces longues bougies filées, sortes de gros rats-en-cire, souples, enroulées dans une corbeille ronde que l’on laisse à l’église. La benoîte, c’est-à-dire la femme qui lave les linges du culte et range le sanctuaire est chargée du soin d’allumer les bougies.

Après un deuil, la famille reçoit de ses amis et de ses connaissances des dons en argent plus ou moins considérables. Cet argent sert à dire des messes et fournit au clergé des ressources qu’il ne dédaigne pas….

Madame Charles d’Abbadie d’Arrast.

Note: j’ai connu la plupart de ces rites (hormis le sacrifice d’animaux) vers les années 1950 lors de l’enterrement des parents de mon père dans le village d’Ahaxe! (près de St Jean Pied de Port).

18
oct
2015
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Si nous refoulons les réfugiés, quel message envoyons-nous au monde?Extraits d’un article paru dans « Libération

Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, Federica Mogherini ancienne ministre des Affaires étrangères italiennes, en poste à Bruxelles depuis moins d’un an, livre à Libération son analyse de la plus grave crise humanitaire subie par l’Europe depuis 1945.

L’Union peut-elle faire face seule à la crise des réfugiés ?

Contrairement à ce que certains pensent, il ne s’agit pas seulement d’une crise européenne : c’est en réalité une crise régionale due notamment aux conflits en Syrie et en Irak et qui touche au premier chef la Turquie, la Jordanie, le Liban, mais aussi l’Irak et l’Egypte. C’est aussi une crise globale, car il y a infiniment plus de personnes qui se déplacent, qu’ils soient réfugiés ou migrants, entre les pays non européens que vers les pays européens. L’Union a les moyens de faire face à cette crise. D’une part en aidant les pays voisins de la Syrie à faire face à cet afflux comme elle le fait déjà avec une aide de quatre milliards d’euros sur les quatre dernières années. D’autre part en accueillant un certain nombre de ces réfugiés, la situation des pays riverains de la Syrie devenant insoutenable. Cela vaut pour l’Europe, mais aussi pour la communauté internationale.

Un certain nombre de citoyens européens ont le sentiment que l’Union est submergée…

Sur les quelque cinq millions de réfugiés ayant fui la Syrie, 98 % se trouvent dans les pays limitrophes. Cette année, 430 000 réfugiés syriens sont arrivés dans l’Union qui compte, je vous le rappelle, 500 millions d’habitants. L’Europe n’est donc pas submergée : actuellement, sa population ne compte que 0,1 % de réfugiés. Des pays comme la Turquie ou le Liban ont fait infiniment plus que ce que nous sommes prêts à faire. Ayant dit cela, il y a un aspect qui devrait nous interpeller : la première destination que désirent rejoindre les réfugiés qui quittent les pays frontaliers de la Syrie, c’est l’Union, car nous avons réussi à construire depuis soixante-dix ans un espace de paix et de prospérité sans équivalent dans le monde. L’Europe est un espace accueillant et attirant, ce que nous avons du mal à percevoir en interne après plusieurs années de crise économique et sociale. Si une partie des Européens est mécontente de l’Union actuelle, il n’en reste pas moins qu’elle fascine le reste du monde et que beaucoup de gens désirent y vivre.

Depuis quelques mois, certains pays européens se montrent plus ouverts à l’accueil des réfugiés…

Lorsque certains responsables politiques ont commencé à parler de réfugiés et non plus d’immigrés, cela a contribué à faire évoluer l’opinion. S’il s’agit de réfugiés, il y a un devoir d’accueil, de protection. Les mots sont importants, comme on le voit.

D’autres pays continuent néanmoins à être réticents à accueillir ces réfugiés…
Si nous voulons aider à résoudre cette crise, il faut que nous, Européens, prenions nos responsabilités sur le plan intérieur, notamment en acceptant de répartir la responsabilité de l’accueil et le traitement obligatoire des demandes d’asile que propose la Commission. C’est seulement si nous sommes crédibles à l’intérieur que nous le serons à l’extérieur. Cela seul nous permettra d’avoir une action efficace dans la région.

Si l’Europe se comporte comme la Hongrie, il sera difficile de donner des leçons au reste du monde ?

Il sera très difficile d’aller expliquer au Moyen-Orient qu’il faut respecter les droits des minorités si l’on a des discours et des pratiques discriminatoires à l’intérieur de l’Union. Nous sommes perçus comme les champions des droits de l’homme, ce qui impose une cohérence des messages politiques et des décisions. La majorité des réfugiés fuient l’Etat islamique, une organisation que nous combattons. Si nous n’accueillons pas ces victimes du terrorisme, si nous ne sommes pas capables de les protéger, quel message leur enverrons-nous, ainsi qu’au reste du monde ? Il ne s’agit pas de bons sentiments, il s’agit aussi d’investir dans notre sécurité en se montrant accueillant. Si ces réfugiés sont coincés entre l’Etat islamique et le régime d’Al-Assad qu’ils fuient et des pays qui les repoussent, croit-on que ce sera le meilleur moyen d’empêcher le développement des mouvements terroristes dans la région et en Europe ?

La droite radicale et l’extrême droite européennes affirment que parmi ces réfugiés se dissimulent des combattants jihadistes…

Cela n’aurait guère de sens pour un aspirant terroriste de se présenter comme réfugié alors que ses empreintes sont automatiquement enregistrées dans le fichier Eurodac. Ils ont des filières bien plus sûres. De plus, tous les attentats qui ont eu lieu en Europe ont été commis par des citoyens européens ou des résidents de longue date… Lorsque je parle avec mes collègues irakiens, jordaniens ou turcs, ils m’expliquent que l’Europe ferait bien de contrôler ses propres ressortissants qui vont combattre dans les rangs de l’Etat islamique, ressortissants qui peuvent rentrer en Europe sans demander l’asile…

Est-ce que ces réfugiés ont vocation à s’établir en Europe ?

Pour ce que je vois, les réfugiés ont généralement envie de rentrer chez eux le plus rapidement possible. C’est notamment le cas des réfugiés syriens qui ont un haut niveau d’éducation et dont les standards de vie étaient proches des nôtres. Si on arrive à mettre fin à la guerre, ils vont vouloir rentrer afin de reconstruire leur pays et y vivre. Bien sûr, cela va prendre beaucoup de temps.

Les pays qui ont une responsabilité dans la déstabilisation de la région, Etats-Unis en tête, font peu pour accueillir ces réfugiés ?

On commence à assister à une prise de conscience générale : Barack Obama vient d’annoncer qu’il allait accueillir 10 000 réfugiés syriens et le Canada et l’Australie ont fait des annonces similaires.

François Hollande a proposé l’organisation d’une conférence sur la question des réfugiés afin d’internationaliser le problème…

Il faut en effet une mobilisation mondiale. La Norvège a aussi proposé d’organiser une conférence sur le soutien aux réfugiés syriens, mais dans le cadre de l’ONU. Il est utile de s’inscrire dans ce cadre, puisque la plus grande partie de l’action repose déjà sur le travail extraordinaire du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), une agence de l’ONU majoritairement financée par l’Union. Surtout, cela permettra une vraie mobilisation internationale, car la solution passe par une approche globale. Il faut que chacun puisse mobiliser des ressources en termes d’accueil des réfugiés et de soutien aux pays de la région qui font face à un défi sans précédent. Imaginez que l’Union doive accueillir le même pourcentage de réfugiés que la Turquie ou la Jordanie pendant plusieurs années…

La crise des réfugiés ne risque-t-elle pas de déstabiliser les pays riverains ?

Si on pense qu’on peut fermer les yeux sur la crise, qu’elle peut être gérée par les pays tiers et qu’on peut se contenter de les aider financièrement, on prend le risque de déstabiliser ou de radicaliser la Turquie, le Liban ou la Jordanie, des pays où les réfugiés représentent jusqu’à un tiers de la population. Et il n’y a pas que la crise syrienne : ainsi, la Tunisie accueille 1,5 million de Libyens. C’est la sécurité de ces régions qui est en jeu et, par contrecoup, notre sécurité. Les effets d’une explosion du Liban ou d’une déstabilisation de la Jordanie seraient terribles : terrorisme, vague de réfugiés et immigration économique. Nous devons anticiper et investir dans la stabilité de ces pays.

Cette crise humanitaire n’oblige-t-elle pas l’Europe et l’Occident à se préoccuper enfin de la Syrie ?

Effectivement. Et elle se produit à un moment clé, au lendemain de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran qui ouvre une fenêtre diplomatique, celle d’un dialogue possible entre les différents acteurs. Je soutiens les initiatives de l’envoyé spécial des Nations Unies qui appelle à la mise en place d’un groupe de contact international sur la Syrie. L’Iran peut jouer un rôle constructif dans la crise syrienne et on peut essayer de réunir les acteurs régionaux comme l’Iran, les monarchies du Golfe, la Turquie, avec les Etats-Unis et la Russie, dans un cadre international. Bien sûr, l’UE va jouer un rôle clé.

Pensez-vous qu’il y a une solution militaire à la crise syrienne ?

Non. Certes, un soutien militaire à l’action contre l’Etat islamique comme le fait la coalition globale en Irak afin de le contenir est nécessaire, mais cela n’est pas suffisant. D’autant qu’en Syrie, il n’y a pas que l’EI, il y a aussi une guerre civile à laquelle une action militaire ne pourra pas remédier. La solution sera politique et diplomatique. Il faut identifier un terrain commun pour que les différentes parties, en dehors de l’EI, se parlent et se mettent d’accord sur une nouvelle gouvernance en Syrie. Cela seul mettra fin à cette complexe guerre civile et permettra de lutter efficacement contre l’organisation jihadiste.

Donc sans Bachar al-Assad ?

Vu la façon dont il a été impliqué dans cette guerre civile, il est impossible d’imaginer qu’il fasse partie de la future gouvernance du pays. Ce qui ne veut pas dire que des représentants du régime ne sont pas à la table de négociation. L’idée d’un groupe de contact international peut aider : il pourrait pousser les acteurs syriens à trouver un terrain de compromis. Après quatre ans et demi de guerre civile, il faut voir la réalité : près de 12 millions de personnes ont été déplacées (dont 7,6 millions à l’intérieur du pays..).

14
oct
2015
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14
oct
2015
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Jacques Brel

Chanson poignante avec un beau texte.
10153190777608740

Ecrit par gaby dans : Textes de chansons |
14
oct
2015
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Pourquoi je lis.

Ecrit par gaby dans : Poésie |

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